Art Action Paris, 2003

 

Intervention pendant le défilé Chanel de 2003, à l’entrée du Pavillon Ledoyen, Paris

Art Action –Paris 2003

Les stylistes du monde entier adorent la femme, la beauté, la paix.
Mais ce printemps, la mode est à la guerre.
C’est à vous de choisir, de composer. Toutes les combinaisons sont possibles. 
Quel est le style qui vous plaît ?

Pour sa collection présentée à Paris et à Tulle , Majida Khattari habille des mannequins superbes – comme vous et moi – avec des vêtements durs à porter : Ces vêtements-sculptures en forme de burkha afgane sont décorés des signes d’un intégrisme autant occidental qu’oriental. Ils montrent en matières et en couleurs ce que d’autres ont eu le courage de dire et d’écrire. Ils expriment tous les mélanges de l’horreur, tous les amalgames de la propagande, tous les mensonges et les manipulations de l’image, de l’argent et de la religion, qui nous mènent depuis vingt ans vers des conflits qui n’ont aucun lieu d’être, dans un monde dont les habitants dans leur immense majorité veulent la paix.

Quelle est votre tendance ? Quel est votre engagement ?

Alors que des engins meurtriers sont déjà à l’œuvre, la beauté semble interdite. Mais elle peut encore lever la voix – avant de descendre dans la rue. 
En solidarité avec les civils irakiens, mais aussi avec les américains toujours plus nombreux qui disent « pas en notre nom », Majida Khattari offre la surface blanche de La robe pétition, où chacun pourra s’engager publiquement du côté de la paix, en signant son nom sur ce vêtement- sculpture vivant qui dit  » NON A LA GUERRE « .
Pour beaucoup de gens – simples citoyens, personnalités, policiers, hommes politiques – cette signature était sans doute facile à donner. Mais à quoi engage-t-elle pour la suite?
L’exposition montre les robes de cet « Art-action », mais elle raconte également comment le défilé a été organisé. Ce que l’on voit, c’est une initiative personnelle, une idée artistique, qui rencontre le désir et l’enthousiasme de quelques amis, avant de devenir un événement public. Multipliez cet enchaînement jusqu’à l’échelle du monde, et vous aurez une idée de ce que veut dire « mouvement  artistique et social » aujourd’hui.
Ces petits laboratoires de la contestation politique sont voués à se reproduire et à se diversifier, à une époque où les grands partis sont incapables de rassembler plus qu’un semblant d’adhésion.
Si l’art a quelque chose de politique à dire aujourd’hui, c’est moins avec l’image elle-même, qu’avec l’engagement que celle-ci permet. Derrière la surface blanche que vous avez peut-être signée, il y a des personnes qui s’impliquent, qui fabriquent les robes et qui les portent, en cherchant de cette façon à donner un sens à quelques mots désuets, comme démocratie, espace public, ou encore, paix. 
A quoi s’engagent les personnalités, les policiers, les hommes politiques et les simples citoyens, quand ils signent une pétition vivante, portée par un individu du commun? 
Derrière les actions de l’art, il y a tout un style de vie. « Composer avec l’air du temps » – c’est à cela que l’exposition vous invite.

Brian Holme